Depuis quelques années, je remarque cette tendance à vouloir mettre du beau absolument partout. Le beau a envahi notre quotidien, à l’écrit comme à l’oral, comme si qualifier les choses de « belles » les rendait plus désirables ou plus importantes.
C’est d’abord dans le cadre professionnel que j’ai vu apparaître l’emploi de cet adjectif, avec notamment des e-mails conclus par un simple « belle journée ». Et puis, peu à peu, le beau est venu s’immiscer dans la sphère privée et dans nos échanges entre proches. Depuis quelques années, j’ai l’impression de l’entendre et de le lire à outrance, accolé à tout type de situations, confortablement installé dans des formules convenues.
Ainsi, qui ne s’est jamais vu souhaiter une « belle journée », une « belle soirée », un « bel anniversaire » ou une « belle année » ? Et pourquoi pas, avant un repas, un « bel appétit » ?
Qui n’a jamais entendu parler d’un « beau challenge » à relever ou d’une « belle opportunité » à saisir ? Ou travaillé sur un « beau projet », dans une « belle entreprise » – avec de « belles valeurs » – et une « belle équipe » composée de « belles personnes » ?
À force d’employer le mot « beau » à toutes les sauces, on finit par lui ôter tout éclat, au point d’en frôler la laideur. Tout est beau, ou du moins devrait l’être. Que d’exigence et d’ambition ! En effet, le « beau » relève de l’esthétique ; le « bon », de la qualité. Deux notions que l’on finit par confondre, à force de vouloir mettre du « beau » partout.
Je ne prône évidemment pas la disparition du mot « beau », mais à force de l’utiliser à tout-va, il perd de sa superbe et de son sens. Redonnons un peu de place au « bon ». Une journée peut être excellente sans forcément être belle.
Évidemment, ce billet est à prendre à la légère et n’est pas une charge contre les personnes qui emploient « belle journée » et les variantes citées précédemment. Je m’interroge simplement sur l’origine de ce glissement collectif vers ces formules toutes faites, sur ce nouvel usage de la langue où le sens premier de l’adjectif semble ne plus être vraiment pris en compte. Le « beau » à toutes les sauces a, certes, tendance à m’agacer, mais cela ne m’empêche pas de trouver le sommeil et de passer… de bonnes nuits.
